[THREAD : J'SUIS #TRANSGENRE]
Salut Twitter, je déteste étaler ma vie en public, notamment quand il s'agit de sujets personnels, mais je pense que ça pourrait me faire du bien.
Salut Twitter, je déteste étaler ma vie en public, notamment quand il s'agit de sujets personnels, mais je pense que ça pourrait me faire du bien.
Donc voilà, je suis arrivée très récemment avec ce compte, mais je suis là depuis très longtemps avec un autre compte (que je ne citerai pas, parce que je suis pas out à tout le monde, voilà)
Et je me dis que de raconter ce que je vis, ce par quoi je suis passée, ça me fera du bien, et je pense que ça peut servir à d'autres en questionnement, à des allié.e.s ou que sais-je encore.
Mais venons en au sujet. Quand je suis née en 1999, le docteur dans la salle d'accouchement a confirmé à ma mère que j'étais un garçon. Très vite, j'ai commencé à être différente des autres. Pas forcément juste des garçons, mais de tout le monde.
À six ans, les psychiatres ont pensé à un trouble du spectre #autistique. J'ai été déscolarisée à temps partiel pendant deux ans.
(ces deux tweets peuvent sembler hors sujet, mais ils ont leur importance pour comprendre mon parcours, je vais y venir)
Grâce à mes parents, j'ai réussi à me sortir de ces difficultés, à devenir presque sociable, et à réussir mes études. J'ai eu plusieurs "amoureuses", "copines"...
En gros la vie d'un petit garçon neuroatypique. Mais avec quelques différences.
Dans les émissions à la télé, on voit souvent le schéma de "la petite fille dans un corps de garçon". Personnellement, j'ai jamais pensé à 6ans et demi que j'étais une fille.
Parce que tout simplement je pensais que c'était impossible. Et puis parce que voilà, a l'enfance, les garçons et les filles ça se ressemble, tu vois pas vraiment les différences après tout.
Maiiiis y a quand même quelques différences par exemple j'aimais bien jouer avec les filles à la récré. Ou bien les jeux pas trop genrés.
Flash forward jusqu'à 12 ans. Je découvre les différences entre un garçon et une fille. Je venais aussi de rompre avec mon amoureuse de l'époque, et a ce moment-là, ma vision des "crush" change.
Avant j'étais sur une vision ultra-romantique de la relation. A partir de cette époque là, pour beaucoup de "crush", non seulement j'avais une vision romantique de la relation amoureuse, mais SURTOUT, je voulais ÊTRE ELLE.
Le soir dans mon lit, je fantasmais sur l'idée de me réveiller le lendemain dans le corps de cette fille. Je me rappelle aussi demander à mon frère comment il aimerait être s'il était une fille. Lui était dans la vision de la femme parfaite pour un gamin qui débute sa puberté.
Et moi, je pensais plutôt à la fille que j'aimerais être. J'avais d'autres goûts, d'autres loisirs que je n'ai jamais osé avoir IRL parce que "c'est des loisirs de fille". Et surtout, je me rappelle, j'étais HEUREUSE. Dans ces scénarios là, je profitais de ma vie a fond
A l'époque voilà, le corps d'un jeune ado, l'érection facile, ça me rendait tellement heureuse que je me souviens que souvent, voilà, quoi. Je vous fais pas le schéma
J'ai vite compris que peu de gens fantasmaient toutes les nuits sur le fait de changer de sexe, donc je me suis tout de suite refermée sur moi même. De peur d'être mal vue. De peur de passer pour un pervers.
J'ai changé. J'étais moins investie au lycée qu'au collège. Je me suis renfermée sur moi-même. Et surtout j'évitais tout ce qui pouvait avoir trait à ce sujet.
Une sorte de transphobie internalisée, associée à une mauvaise interprétation de ce que je vivais. Je me souviens qu'il y avait une ado trans dans mon lycée. Je ne lui ai jamais parlé. Parce que j'avais peur de sans doute me reconnaître dans ce qu'elle disait.
Et de devenir comme elle, une personne bizarre. Ouais, clairement je pensais que les personnes trans étaient "bizarres", "anormales" à l'époque. J'évitais tout ce qui pouvait faire penser que j'étais un chouia féminine.
En fait j'aurais carrément du. Ça lui aurait fait du bien de pouvoir échanger avec quelqu'un qui l'aurait comprise. Et réciproquement. Quand j'y repense je me sens vraiment mal et conne.
Et puis mes relations sociales ont commencé à perecliter. Je continuais à essayer de sociabiliser, mais je m'investissais beaucoup moins. De peur qu'un jour on découvrirait ce lourd secret que je portais.
Sérieusement, ça me paralysait, et surtout c'est là que les problèmes de santé ont commencé. Durant tout mon lycée et mes études, j'ai eu des problèmes extrêmement handicapants. Les symptômes étaient exacerbés durant les moments de stress.
Le diagnostic est tombé récemment, troubles fonctionnels liés à l'anxiété. Voilà ce qu'il m'a coûté d'essayer de cacher ça coûte que coûte, plutôt que d'explorer la piste.
Mais bon a ma décharge, je pensais que c'était uniquement un fétiche sexuel à l'époque.
Mais bon a ma décharge, je pensais que c'était uniquement un fétiche sexuel à l'époque.
Je n'avais pas encore découvert l'existence des personnes transgenres à l'époque. En tout cas qu'il était réellement possible de transitionner. Et je ne voulais pas être un homme avec une robe.
On passe à l'entrée à la fac, avec l'ouverture au monde. Je quitte le cocon familial, je rencontre des gens de toutes origines, et de tous status sociaux. Je me découvre une nouvelle passion pour le metal.
Je me fais un groupe de copains très solide, avec comme noyau un ami d'enfance de mon cousin. Ils sont encore aujourd'hui mes meilleurs amis. Mais d'un autre côté je n'arrivais plus à socialiser avec les filles.
Tout simplement parce que je ne me voyais pas, avec mon corps, traîner avec les filles, être amie, juste amie avec des filles. Et qu'être en couple serait juste impossible avec le secret qui était le mien.
Finalement, vient l'été 2019. Une amie Facebook fait son coming-out trans. Elle emploie un terme qui m'intrigue : " #dysphorie de genre".
Je décide de faire quelques recherches, parce que le fait de devenir une femme, c'est un peu ce qui m'a obnubilée durant toute mon adolescence. Par magie, par une espèce de virus, par enlèvement extraterrestre, enfin tous les scénarios y passaient.
Enfin bref. Je découvre qu'être dysphorique dans ce contexte, c'est se sentir mal dans son genre d'assignation à la naissance. Puis j'ai lu des témoignages. Et je me suis dit : "mais, on dirait moi, en fait !"
J'avais abandonné l'idée de devenir un jour une femme. Je m'étais dit "peut-être dans une autre vie". Et d'un autre côté, je m'étais réfugiée dans cet univers où tout était possible. Où je pouvais me réveiller dans un corps de femme le lendemain matin.
Je m'étais mise au rêve lucide vers l'âge de 15 ans, et pendant toute une période, mon objectif, c'était de devenir une femme dans ces rêves. Juste pour me sentir bien.
Et puis voilà, au fur et à mesure, je me rends compte que tout était possible en fait, que c'était là, que je pourrais peut-être un jour vivre une vie de femme.
Alors je me suis un peu précipitée dans la brèche. Mais faut dire que à ce moment là j'en pouvais plus. Ça faisait 8 ans que je voulais être une fille, maintenant que je me rendais compte que c'était possible, je voulais le faire.
Et d'un autre côté j'étais ULTRA STRESSÉE. Par le regard des autres en fait. Je me disais, "Et si les autres ils te rejettent ? Et si tu deviens un paria ?"
Je me suis tournée vers mon meilleur ami, qui, je le savais, était un allié. Et vers mes parents. Ils m'ont toujours soutenue alors j'espérais qu'il en serait de même.
Mon meilleur ami m'a soutenue. Mais je suis tombée des nues après mon coming-out à mes parents. Ma mère, notamment, a eu des mots très durs envers moi, et mon identité de femme.
Je ne voulais absolument pas les perdre. Ne pas finir isolée et triste comme dans les émissions à la télé. Alors j'ai tout laissé tomber. Pendant un an j'ai essayé d'oublier ma transidentité.
C'était le début de la crise du covid, pourtant jamais je n'avais autant dragué.
C'était le début de la crise du covid, pourtant jamais je n'avais autant dragué.
Je pensais qu'une petite copine serait la solution miracle. Qu'enfin je retrouverais la Masculinité qui me manquait et qui m'avait fait penser que j'étais trans.
Guess what ? Ça n'a pas marché. J'avais toujours un putain de bloquage parce que j'espérais qu'elle soit ouverte à ce sujet, qu'elle me propose un jour de mettre ses vêtements, etc.
Mais je savais que peu le seraient.
Mais je savais que peu le seraient.
Et voilà d'un autre côté, les scénarios d'endormissement sont revenus meubler mes nuits blanches. Finalement j'ai craqué ma coquille une deuxième fois en février, et ne pense pas retourner dans mon œuf.
Ce serait synonyme de mort, car je ne pourrais pas supporter ça longtemps.
Ce serait synonyme de mort, car je ne pourrais pas supporter ça longtemps.
Voilà mon histoire, et je pensais pas qu'elle prendrait autant de temps à raconter, surtout que je comptais parler d'autres sujets.
Des coups durs comme des bons moments.
Aujourd'hui par exemple, je suis allée voir un médecin pour la première fois concernant ma transidentité. Pas pour une ALD, une prescription de THS ou quoi. Juste pour en parler à un professionnel de santé.
Il a été très bienveillant, m'a appelée Perrine, et m'a conseillée des associations dont je pourrais éventuellement me rapprocher.
Justement ça me fait penser qu'il y a un truc qui est ULTRA compliqué à faire : sauter le pas. Décrocher le téléphone pour prendre un rendez-vous, aller au rendez-vous, contacter des associations ou rejoindre des groupes de parole. A chaque fois j'avais les tripes en pagaille.
Parce que j'ai peur du regard des autres. Pourtant je sais que ça ne m'arrêtera pas éternellement, qu'un jour j'aurai le courage de me lancer, et de laisser Perrine enfin jouer son propre rôle, et je sais que ce jour là j'aurais des gens sur qui compter.
Voilà ce à quoi je voulais en venir. A vous, les Œufs, Transgenres ou non-binaires qui êtes allé.e.s jusqu'au bout de ce thread : SOYEZ VOUS MEMES.
Pas ce que la société attend de vous. Pas ce qu'elle attend du genre dans lequel vous vous reconnaissez. Juste vous même. Vous êtes bien plus que des cases, et c'est ça qui vous rend uniques et magnifiques.