Mais comment maîtriser une population musulmane?
Cela passe, le plus souvent, par un contrôle étroit du culte: la République a formé, employé, et rémunéré les imams, appliqué la shari'a, et contrôlé le contenu des khutbas (le prêche du vendredi).
Cela passe, le plus souvent, par un contrôle étroit du culte: la République a formé, employé, et rémunéré les imams, appliqué la shari'a, et contrôlé le contenu des khutbas (le prêche du vendredi).
C'est notamment le cas en Algérie. La loi de 1905 est censée être appliquée en Algérie, mais celle-ci y échappe par des dérogations constantes jusqu'à l'indépendance en 1962.
On lira les travaux importants de @Raberh_Achi sur cette histoire https://www.cairn.info/revue-histoire-de-la-justice-2005-1-page-163.htm
On lira les travaux importants de @Raberh_Achi sur cette histoire https://www.cairn.info/revue-histoire-de-la-justice-2005-1-page-163.htm
Pourquoi? On considère que les musulmans ne sont pas prêts à séparer l'Eglise de l'Etat. L'enjeu est avant tout sécuritaire. Le pouvoir colonial craint les organisations où les musulmans pourraient se rencontrer en dehors de son regard, notamment les mosquées et les zaouïas.
Attention: il faut bien comprendre CONTROLE, pas forcément suppression. La République ne cherche pas à faire disparaître l'islam, juste à ce qu'il serve ses intérêts. Ainsi, la République organise certains pèlerinages à la Mecque, pour mieux les contrôler https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2016-2-page-84.htm
Ce mode d'intervention est différent de celui de la laïcité, où le but est que l'Etat ne contrôle pas le culte des catholiques, protestants et israélites.
On dit à l'époque que l'islam pose des problèmes spécifiques: pas hiérarchique (Cathos), pas minoritaire (juifs)
On dit à l'époque que l'islam pose des problèmes spécifiques: pas hiérarchique (Cathos), pas minoritaire (juifs)
Cette exception est donc assumée à l'époque coloniale, car on considère que l'islam joue un rôle particulier dans les sociétés musulmanes, et qu'il faut le contrôler pour régner.
Et ça ne disparaît pas avec la décolonisation
Et ça ne disparaît pas avec la décolonisation
À Mayotte, par exemple, département à majorité musulmane, le droit islamique a été rendu par la République jusqu'en 2011 sur certains sujets. Les cadis (juges musulmans), si je comprends bien, continuent à travailler pour l'administration locale https://journals.openedition.org/rdr/329
Pourtant, il ne faut pas aller trop vite: l'islam n'est pas la seule exception à la loi de 1905. Le cas de l'Alsace-Lorraine ou de la Guyane fait rarement polémique, alors qu'il y a là aussi des spécificités historiques qui font qu'il n'y a pas séparation des églises et de l'Etat
D'autant plus que les discussions actuelles se font dans un contexte largement mondialisé: la question de la gestion sécuritaire du culte musulman et du terrorisme se pose largement au-delà des frontières françaises, et bien entendu dans les pays à majorité musulmane
Mais en tant qu'historien de la période coloniale, je note un certain nombre de constantes avec les discussions actuelle:
La République a besoin d'avoir des musulmans qui lui expriment sa loyauté, mais craint toute organisation indépendante qui lui échappe
La République a besoin d'avoir des musulmans qui lui expriment sa loyauté, mais craint toute organisation indépendante qui lui échappe
On a donc un paradoxe où l'Etat qui dit qu'il ne veut pas intervenir se voit créer des institutions qui ensuite ne paraissent pas légitimes car les musulmans doivent être contrôlés et non se gouverner eux-mêmes.
Mais les débats actuels sur la laïcité sont aussi bien spécifiques à notre époque, donc je vous laisse avec ça.
La République a longtemps contrôlé les khutbas et payé les imams, et il faut replacer les débats actuels dans un contexte plus long.
Bon couvre-feu
La République a longtemps contrôlé les khutbas et payé les imams, et il faut replacer les débats actuels dans un contexte plus long.
Bon couvre-feu

et merci à @SaharAmarir de m'avoir inspiré ce fil, allez la suivre, vous ne serez pas déçus!