Je vois les insoumis, le RN, et quelques autres dont des collègues enseignants probablement de bonne foi, brandir ce tableau qui retrace les clusters (cas groupés >= 3 cas) investigués. Tableau mis à jour chaque semaine dans le bulletin de santé publique France.-1
Ce soir, pour étriller les mesures esquissées par le Président, certains l’agitent, pointant que les clusters les plus représentés sont 1/les entreprises (25%) 2/ le milieu scolaire et universitaire (21,2%) -2
Raccourci entendu dans les médias et sur les réseaux : « ce sont ces lieux qui sont les plus gros pourvoyeurs de contamination, et ce n’est pas le couvre feu qui va régler ce problème ». -3
Or, depuis le début de l’épidémie, nous avons eu, en France, 820 017 cas diagnostiqués (source : http://coronavirus.jhu.edu/map.html qui comptabilise le nombre de nouveaux cas quotidiens dans chaque pays) -4
Or, depuis la levée du confinement, le 11 mai 2020, les ARS investiguent les clusters (ou foyers de contamination), selon ce guide consultable par tous ici : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/documents/rapport-synthese/guide-pour-l-identification-et-l-investigation-de-situations-de-cas-groupes-de-covid-19 -5
Or, depuis le 11 mai 2020 donc, nous avons au total, 3 207 clusters qui ont été signalés incluant seulement 34 767 cas. -6
34 767 cas, c’est peu... On a donc une minorité de cas qui sont rattaché à un cluster. De quoi relativiser ce tableau, qui n’en est pas totalement ininteressant, mais qui n’est pas non plus la boussole qui doit guider toute notre politique sanitaire. -7
C’est complexe, la gestion d’une épidémie, et on peut se douter qu’un seul indicateur ne suffit pas pour en saisir la complexité. D’autant plus quand les indicateurs sont imparfaits. -8
On touche là aux limites du contact-tracing. Tracer des contacts, c’est complexe. Identifier le moment où ils ont pu se contaminer l’est encore plus : le midi au restaurant du personnel ? Le soir quand ils sont allé boire un verre? Le week-end avec les cousins ? -9
On retrouve ces catégories dans ce tableau car ce sont les situations qui sont le plus facilement identifiables lors d’un tracing. -10
On dit souvent qu’il n’y pas/peu de cas de contamination à l’extérieur, peut-être. Mais allez identifier lors d’un tracing, la contamination lors d’un passage dans un centre ville densément peuplé... impossible. Ce n’est pas le tracing qui nous donnera des éléments de réponse -11
Bref, toutes sur-interprétations de ce tableau ne peut être que fausse. Ayons conscience des biais intrinséques aux indicateurs dont nous disposons. Il n’y a pas d’indicateur parfait. Méfiez-vous de ceux qui les instrumentalisent. -12
Si vous avez le temps et l’envie, lisez en détail le bulletin de santé publique France, ils prennent soin de détailler leurs méthodes et vous y retrouver les éléments évoqués : https://www.santepubliquefrance.fr/content/download/287111/document_file/COVID19_PE_20201008.pdf -13