Nous sommes en 2035. Jouons avec les proportions.
à gauche la capacité de production annuelle d’ @Airbus.
à droite la flotte mondiale d’avions en circulation.

Penser décarboner le secteur aérien grâce à l’avion hydrogène est illusoire. Thread





Pré-covid, les prévisions pour le secteur aérien indiquaient 4,3% de croissance par an pour les 20 prochaines années. Soit environ 42,000 avions en circulation en 2035 contre 23,000 actuellement.
https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/industries/le-nombre-d-avions-dans-le-monde-va-plus-que-doubler-d-ici-20-ans-estime-airbus_AN-201909180021.html

En 2019, @Airbus a livré 863 avions. Arrondissons à 1,000. Avec le même rythme de croissance que le secteur, la capacité de production de l’entreprise sera de 2,000 à horizon 2035. On vise large. https://www.capital.fr/entreprises-marches/airbus-surclasse-boeing-avec-plus-de-1-000-avions-vendus-et-863-livres-en-2019-un-record-1359459

https://www.air-journal.fr/2020-05-16-iata-le-trafic-aerien-ne-reviendra-pas-a-son-niveau-normal-avant-2023-5220192.html
En plus, la capacité de production se calque sur le dynamisme du secteur. Airbus a baissé la sienne de 30% face au Covid. Comme les avions mis en circulation ont toujours la même durée de vie (25-30 ans), nos proportions restent cohérentes. https://www.air-cosmos.com/article/coronavirus-airbus-rduit-les-cadences-de-production-22907
Production : 2000 max. Flotte mondiale : 42 000. Donc même en consacrant toute sa production à l’avion hydrogène (improbable), il faudrait plus de 20 ans à Airbus pour remplacer la flotte mondiale des avions qui volent au kérosène. 2055.
A cela s’ajoute que le programme ZEROe d’ @Airbus ne concerne pour l’instant pas les vols long-courriers pour des raisons techniques. Ils représentent pourtant plus de la moitié des émissions du transport aérien commercial selon la @DGAC. https://www.airbus.com/innovation/zero-emission/hydrogen/zeroe.html
Autre problème et pas des moindres : celui de “l’hydrogène vert”. Aujourd’hui l’hydrogène est majoritairement produit par vaporéformage à partir d’énergies fossiles. 800 millions de tonnes de CO2 par an à l'échelle mondiale.
Pour qu’il devienne vert, il doit être produit par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable. Quelques ordres de grandeur pour se remettre les idées en place dans cet article de l’ @AtEcoPol : https://blogs.mediapart.fr/atelier-decologie-politique-de-toulouse/blog/290920/avion-hydrogene-quelques-elements-de-desenfumage
Remplacer le kérosène des avions par de “l’hydrogène vert” va donc demander des quantités colossales d’énergies renouvelables. Mais n’en a-t-on pas aussi besoin pour faire rouler nos voitures électriques, fermer les centrales à charbon, décarboner l’industrie ?

Il faut cesser de s’illusionner. Nos émissions de CO2 doivent baisser de 5% par an pour garder une chance de contenir le réchauffement climatique à +2°C.

Ce n’est pas une technologie mature dans 15 ans qui peut diminuer aujourd’hui l’empreinte carbone des 4 milliards de passagers annuels.
L’avion est aussi une des manifestations les plus criantes de la responsabilité des plus aisés dans le réchauffement climatique.

Ce n’est pas en se donnant bonne conscience avec un “avion vert” que nos sociétés aborderont ce problème de manière lucide.

Ce thread n’est pas un pamphlet contre le progrès. Des avions hydrogènes voleront sûrement un jour dans le ciel. Ce sera une prouesse technologique, mais incapable de résoudre à elle seule les enjeux du secteur.
Ce thread n’est pas une insulte aux centaines de milliers d’employés du secteur aérien. C’est au contraire un avertissement pour protéger la pérennité de leur travail.
Car sans reconversion d’une partie du secteur, sans planification organisée par l’Etat, ces tristes nouvelles vont se multiplier et les salariés en seront les premières victimes : https://twitter.com/LeParisien_Eco/status/1309444214527348736
700 étudiants en aéronautique en ont conscience et ont pris la parole pour demander une transformation profonde de leur industrie : https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/29/aeronautique-la-transition-ecologique-impose-une-profonde-transformation-de-notre-industrie_6041127_3232.html
Nous nous tenons à leurs côtés pour exiger des actions à la hauteur des enjeux et éviter que le secteur aérien ne s’enfonce dans un drame climatique et social. 

