Après y avoir réfléchi à tête reposée, un thread sur mes opinions (personnelles, je ne parle en aucun cas pour le STJV, dont je suis adhérent) par rapport aux initiatives sociales/inclusives émanant de gens du (ou proches du) patronat de l'industrie du jeu vidéo. 1/25
Je tiens d'abord à préciser que ce thread ne cible pas des initiatives ou personnes en particulier, mais qu'il a été effectivement motivé par des événements et articles récents, parmis ceux-ci les élections du CA du SNJV et la mise en place de la bourse d'études Jeu Vidéo. 2/25
Pour commencer, je sais que les personnes derrière ces initiatives sont de bonne foi, pensent et veulent bien faire. Je sais également que les initiatives auxquelles je pense ne sont pas à jeter à la poubelle directement, qu'elles peuvent effectivement être positives. 3/25
Il n'empêche que, d'un point de vue extérieur en tout cas, il y a de nombreux problèmes dans la manière dont elles sont créées, gérées, annoncées, etc. Ce qui m'agace le plus, c'est systématiquement le manque de recul, de préparation, et de prévision de leurs conséquences. 4/25
Cette impréparation et absence de réflexion à long terme montrent le privilège des personnes qui portent ces initiatives. Quel que soit leur parcours passé, elles ne font pas face à des manques importants de moyens (qu'ils soient financiers, relationnels ou décisionnels). 5/25
Cela résulte en une absence de besoin de réfléchir en profondeur, précisément, à ce qui va être fait avec le temps et l'argent à disposition, et de s'assurer que la dépense de ces moyens aura un maximum d'impact. 6/25
C'est une grosse différence avec les organisations de travailleureuses, qui manquent constamment de moyens, d'argent, de temps pour faire face à la quantité de travail qui leur tombe dessus, ce qui rend l'inconséquence de ces initiatives patronales d'autant plus frustrante. 7/25
Si on ajoute à ça que ce manque de temps et de moyens et cette quantité de travail que subissent les organisations de travailleureuses est justement dû au patronat, qui nous sous-paye, nous fait trop travailler et cause les problèmes, ... 8/25
... vous pouvez comprendre pourquoi les militant·es n'accueillent pas toujours du meilleur œil des initiatives dont on a eu l'idée il y a longtemps, pour lesquelles on a beaucoup réfléchi pour voir leurs limites et les problèmes qui peuvent en résulter, ... 9/25
... mais qu'on a pas pu faire par manque de moyens ou parce qu'on a déterminé qu'il fallait trouver d'autres manières de faire.

On constate aussi quasi systématiquement un oubli important (parfois complet) des effets de structures. 10/25
Les personnes s'adaptent aux structures qu'iels rejoignent ou copient, en adoptant leurs discours, leurs fonctionnements, et finalement en faisant toujours plus de compromis et s'éloignant de leur but de changement initial. 11/25
Les organisations, très hiérarchisées, qui représentent des intérêts capitalistes comme les lobbys patronaux et les entreprises (dont font partie les écoles privées !) sont résistantes au changement parce qu'elles ont été CONÇUES pour ça. 12/25
De plus, rejoindre une organisation ou en créer une basée sur une structure ou un système existant, cela revient aussi à légitimer cette structure ou ce système : en participant, on "dit" que la structure même est bonne, mais qu'elle est mal utilisée. 13/25
On passe alors à côté de beaucoup de critiques du mode même de fonctionnement de ces organisations, et on abandonne le recul nécessaire pour pouvoir changer les choses globalement en se concentrant sur changer une partie minime de l'industrie, qui fait partie du problème. 14/25
S'entendre dire après que les choses soient annoncées, comme cela a pu m'arriver, que plutôt que de râler on devrait contacter les patrons derrière ces initiatives pour en parler avec elleux est au mieux une source d'agacement, au pire vécu comme une insulte. 15/25
C'est un camouflet qui vient nous rappeler qu'en tant que travailleureuses, ça sera toujours à nous de réfléchir l'industrie en tant que système global, que ça sera toujours à nous de venir quémander le droit de discuter, ... 16/25
... que ça sera toujours à nous de venir informer et conseiller nos patrons, de notre propre initiative, sous peine de les voir faire des choses "pour notre bien" sans notre avis, pour des initiatives publiques dont les retombées leur resteront attribuées. 17/25
Il y a aussi beaucoup d'autres manières de faire avancer les choses, en changeant les bases de ce qui ne va pas dans le jeu vidéo plutôt qu'en lançant des initiatives qui se conforment aux problèmes rencontrés (ou les contournent). 18/25
Les organisations de travailleureuses connaissent les problèmes à la source, passent leur temps à analyser les rouages du systèmes, à discuter de possibles solutions et connaissent les priorités des travailleureuses. 19/25
Vous voulez faire de l'inclusif dans le jeu vidéo, vous en avez les moyens : à vous de faire le premier pas en demandant aux premier·es concerné·es, qui sont souvent déjà dans vos structures mais ne peuvent parler à cause de rapports hiérarchiques à leur désavantage, ... 20/25
... plutôt que risquer d'empirer la situation en voulant agir à tout prix, sans considération pour la réalité du terrain, et en légitimant les structures à l'origine des problèmes au lieu de les changer (ou mieux, de les remplacer/renverser). 21/25
C'est comme ça qu'on évite de créer une bourse pour l'inclusivité qui fait la pub d'entreprises non inclusives en leur permettant de défiscaliser une part de leurs revenus, qui sélectionne sur dossier scolaire, ... 22/25
... qui valide par son action le désastre qu'est la domination des écoles privées sur l'industrie, qui finance des études, pour des étudiant·es de minorités, dans des écoles dont le bilan sur l'inclusivité est plus que mauvais, ou encore affiche publiquement leur identité. 23/25
C'est aussi comme ça qu'on évite de se présenter à des élections en proposant un programme pour l'inclusivité qui contient, par ignorance et/ou par manque de concertation, des idées qui pourraient avoir des effets dévastateurs sur les travailleureuses de l'industrie. 24/25
C'est enfin comme ça qu'on évite de mettre en compétition des femmes pour faire gagner à l'une d'entre elles un STAGE chez Ubisoft, transformant une bonne intention, aider les personnes sous-représentés dans l'industrie, en une parodie des problèmes qu'elles y rencontrent 25/25
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