Un petit thread pour expliquer aux gens pourquoi certains agriculteurs restent en conventionnel.
Car en fait, hormis le masochisme inhérent à notre métier, il y a qques raisons.
Car en fait, hormis le masochisme inhérent à notre métier, il y a qques raisons.
Tout d'abord, un petit point personnel.
Je me suis installé à la suite de mon père en gaec avec ma mère en 2004 après 8 ans dans le bâtiment.
Ferme de 70 vaches allaitantes (VA) et 8 truies sur le segala.
Ferme assez extensive en tout foin, bâtiments hors d'âge, Matos suffisant
Je me suis installé à la suite de mon père en gaec avec ma mère en 2004 après 8 ans dans le bâtiment.
Ferme de 70 vaches allaitantes (VA) et 8 truies sur le segala.
Ferme assez extensive en tout foin, bâtiments hors d'âge, Matos suffisant
18 ha de céréales en rotation en conduite allégée (80 à 100 u de n +un désherbage.
Beaucoup de mes voisins pensaient que j'allais passer en bio car on était très près niveau conduite.
On est aussi adhérent conf' et dans l'imaginaire local, c'est très lié.
Beaucoup de mes voisins pensaient que j'allais passer en bio car on était très près niveau conduite.
On est aussi adhérent conf' et dans l'imaginaire local, c'est très lié.
Perso, je pensais aussi que c'était la voie à suivre.
Du coup je me suis intéressé aux débouchés et là ça a un peu été la douche froide.
La + value pour les vaches de réforme est autour de 20%à finition équivalente. Mais les concentrés et particulièrement les protéines étant
Du coup je me suis intéressé aux débouchés et là ça a un peu été la douche froide.
La + value pour les vaches de réforme est autour de 20%à finition équivalente. Mais les concentrés et particulièrement les protéines étant
Très cher en Bio, la +value passe surtout chez le fournisseur d'aliments.
Pour les veaux aussi c'est compliqué.
On les engraisse avec nos céréales et la chute de rdt est autour de 40%.(chiffres vérifiés en moyenne auprès de voisins ou d'amis qui sont en bio).
Pour les veaux aussi c'est compliqué.
On les engraisse avec nos céréales et la chute de rdt est autour de 40%.(chiffres vérifiés en moyenne auprès de voisins ou d'amis qui sont en bio).
Ma sole de céréales devant croître à 25 ha, je me retrouve obligé de baisser le cheptel (nourri de manière autonome sur les prairies) et ne pouvant faire succéder plusieurs pailles (salissement et reliquat d'azote faible).
La rotation sur les parcelles en rotation devenant trop courte, il m'aurait fallu réintégrer des prairies permanentes très productives ou très pentues.
Après tout pourquoi pas si le jeu en vaut la chandelle me direz vous.
Je me met donc en quête de débouché pour mes jb.
Après tout pourquoi pas si le jeu en vaut la chandelle me direz vous.
Je me met donc en quête de débouché pour mes jb.
Et là c'est la douche froide. On m'en propose moins que ce que je les vends au marché (-0.4 euros /kg carc).
Du coup la solution tombe sous le sens.
Abandonner la +value liée à l'engraissement des veaux, vendre en broutards, faire moins de céréales et vendre qques réformes bio.
Du coup la solution tombe sous le sens.
Abandonner la +value liée à l'engraissement des veaux, vendre en broutards, faire moins de céréales et vendre qques réformes bio.
Sauf que si ce système paraît vertueux, il revient à déléguer à d'autres la "pollution", acheter de la paille dans des zones où il manque déjà de la matière organique, et me rendre dépendant des fluctuations des prix des broutards.
Il y a aussi un plaisir à faire un produit fini.
Tout cela semble bien contradictoire avec le discours ambiant. Pour m'en convaincre, j'ai fait 2 simulations de conversion et à chaque fois je perdais autour d'un smic.
Statu quo sur la conversion donc.
Tout cela semble bien contradictoire avec le discours ambiant. Pour m'en convaincre, j'ai fait 2 simulations de conversion et à chaque fois je perdais autour d'un smic.
Statu quo sur la conversion donc.
Je me suis quand même questionné sur le décalage entre l'omniprésence du bio dans les discours et la faiblesse de la +value, surtout dans ma production.
Déjà il est à noter que le bio représente 5%des achats alimentaires EN VALEUR en 2019 IMPORTATIONS INCLUSES. (agence bio)
Déjà il est à noter que le bio représente 5%des achats alimentaires EN VALEUR en 2019 IMPORTATIONS INCLUSES. (agence bio)
Du coup ça donne 3.8 ou 4% de bio français dans l'assiette du français moyen.
Ça augmente mais ça reste très faible à ce jour.
Il est à noter à ce stade que la part du bio en 2040,on s'en tape un peu car mon salaire résulte de mes ventes 2020 et non 2040.
Ça augmente mais ça reste très faible à ce jour.
Il est à noter à ce stade que la part du bio en 2040,on s'en tape un peu car mon salaire résulte de mes ventes 2020 et non 2040.
J'ai aussi appris via les revues pro(que certains seraient parfois inspiré de lire) que 40%des bovins bio en nombre sont vendus en conventionnel. C'est à relier à la consommation de viande bovine bio qui est autour de 2.5%,soit moitié- que la consommation de bio en général.
Il est aussi à noter que certains labels rouge type blason prestige, bfa, ou veau d'Aveyron offrent des prix identiques au Bio, avec des garanties sur le mode de production et sur la qualité de finition.
Dans le même temps, on a optimisé la ferme pour produire pareil ou + avec les mêmes intrants(alim des jeunes veaux, prévention des diarrhées, croisement, optimisation des facilités de naissance, recherche de taureaux +précoces, )
Pour le sol:bas volume sur désherbage, généralisation du semis de prairies sous couvert de céréales, prairies de longue durée, semis direct(en cours d'apprentissage).
Est on en agroecologie pour autant ?
Si c'est faire mieux sans engendrer de nouvelles émissions, je dirais oui.
Est on en agroecologie pour autant ?
Si c'est faire mieux sans engendrer de nouvelles émissions, je dirais oui.
Si c'est dépenser-en produisant-, voire en ne produisant plus, je ne m'inscris pas dans ce schéma.
Si c'est présenté comme vertueux dans la pensée effondriste (j'invente un mot là ??
), il ne faut pas oublier que ce que l'on produit est consommé par des gens.
Si c'est présenté comme vertueux dans la pensée effondriste (j'invente un mot là ??

Arrêter de produire revient seulement à sous utiliser nos ressources tandis que d'autres vont se charger de le faire à notre place et bien souvent avec des techniques interdites en France ou en Europe.
Là dessus j'ai du mal avec les positions conf'.
Prôner l'arrêt de tous les phytos est louable mais tant que les importations rentrent librement, c'est juste nous placer en distortion de concurrence.
C'est insoutenable.
La protection du marché devrait être un préalable.
Prôner l'arrêt de tous les phytos est louable mais tant que les importations rentrent librement, c'est juste nous placer en distortion de concurrence.
C'est insoutenable.
La protection du marché devrait être un préalable.
Car comme expliqué au dessus on vit de ce que l'on vend dans un exercice.
Vivre avec un revenu négatif, je ne sais pas faire pour ma part.
Vivre avec un revenu négatif, je ne sais pas faire pour ma part.
En conclusion, je n'ai rien contre le fait de produire en bio mais il me semblerait légitime que produire qque chose de perçu comme +qualitatif engendre une + value qui couvre un peu + que la baisse de production.
Ps:je parle bien de mon cas particulier et de ma production.
La vente directe ou le maraîchage, c'est du travail en + qui mérite un salaire aussi.
Pour l'absence de fongicides ou d'insecticides, c'est lié à mon contexte de montagne qui limite les pbs à ça niveau là.
La vente directe ou le maraîchage, c'est du travail en + qui mérite un salaire aussi.
Pour l'absence de fongicides ou d'insecticides, c'est lié à mon contexte de montagne qui limite les pbs à ça niveau là.
Ce n'est pas reproductible partout.
Ma région s'est développée avec la pomme de terre.
Au début du 20 ème siècle, il n'y avait ni mildiou ni doryphores.
Depuis, ils sont arrivés et la situation initiale est perdue.
Ma région s'est développée avec la pomme de terre.
Au début du 20 ème siècle, il n'y avait ni mildiou ni doryphores.
Depuis, ils sont arrivés et la situation initiale est perdue.