Pourquoi dire "Les jeunes ne veulent pas exercer de vrai boulot, sont obsédés par l'argent facile et n'ont pas le sens de l'effort" est nul et bête , a thread


C'est quelque chose qu'on entend TRÈS souvent dans la bouche des profs, que j'ai encore lu chez un prof connu de l'internet il y a qqs jours et qui motive ce thread aujourd'hui: l'idée que les élèves en collège/lycée n'auraient pas envie d'un "vrai taf dur", juste d'argent.
Décomposons:
1/ La notion de "vrai boulot" (sous-entendu: "pas ces nvelles professions ""digitales"" auxquelles on comprend R"). C'est quoi un vrai boulot ? Médecin, avocat, ingénieur, professeur ? Très bien, examinons cette 1ère catégorie de vrais métiers.
1/ La notion de "vrai boulot" (sous-entendu: "pas ces nvelles professions ""digitales"" auxquelles on comprend R"). C'est quoi un vrai boulot ? Médecin, avocat, ingénieur, professeur ? Très bien, examinons cette 1ère catégorie de vrais métiers.
Des métiers difficilement accessibles: études longues, coûteuses et très sélectives, parfois les 3 à la fois. Perçus comme tels très tôt par bon nombre d'élèves convaincus que leurs résultats sont trop mauvais et qu'ils sont "trop nuls" (leurs mots)(on y reviendra)

Autres vrais boulots: caissier•es, agriculteur•ice, technicien•ne de surface, BTP, etc. ? Métiers connus des élèves (parfois dans leur famille), qui voient très bien que c'est 1/très dur 2/ultra mal payé
Le manque d'envie d'un "vrai taf" est plus clair p-ê là non ?

Le manque d'envie d'un "vrai taf" est plus clair p-ê là non ?

2/ "Les jeunes veulent rien que faire de la thune" 
J'arrive même pas à croire qu'il faille expliquer ça mais allons-y: dans notre monde nul actuel, toute la pyramide des besoins de Maslow là, directement ou indirectement, c'est l'
qui permet de les satisfaire.

J'arrive même pas à croire qu'il faille expliquer ça mais allons-y: dans notre monde nul actuel, toute la pyramide des besoins de Maslow là, directement ou indirectement, c'est l'


Vous pouvez vérifier: en l'état actuel des choses, tout est conditionné à la thune. Logement, bouffe, santé (oui en
aussi), tps libre, loisirs, possibilité d'exploiter son potentiel. Pas au miracle morning, pas à la pensée positive ou à l'idéal méritocratique: le bon gros cash

Et ça, les élèves l'ont compris. Souvent parce qu'ils ont pu le voir de leurs propres yeux dans leur entourage. Il faut arrêter de voir cette envie d'argent comme une faillite morale personnelle ou générationnelle: elle est LOGIQUE.
"Faire de la thune", ça veut dire: accéder à un logement décent, ne pas être rongé par l'angoisse de choisir entre payer son loyer et bouffer, pouvoir avoir un peu de temps libre. C'est pas la thune qui est convoitée: c'est une vie décente. C'est important de le voir.
3/ Ce qui nous amène au 3e point: les jeunes qui rêvent d'un métier plus attrayant que les métiers décrits ci-dessus. Pour qui être youtuber, star de télé réalité, modèle, etc. est une carrière attrayante. Accrochez-vous, on va encore faire de grosses révélations
(non)

Passons sur le mépris de boomer accordé aux professions mal comprises.
Pourquoi devenir streamer ou star de la téléréalité, c'est plus attrayant que devenir employé de rayon ou travailleur de la petite enfance ? Outre la perspective d'un revenu meilleur ?
Pourquoi devenir streamer ou star de la téléréalité, c'est plus attrayant que devenir employé de rayon ou travailleur de la petite enfance ? Outre la perspective d'un revenu meilleur ?
1ère révélation: la méritocratie, le dur labeur récompensé et érigé en idéal de l’École Républicaine, c'est du FLAN. Et les élèves le SAVENT. Parce que pour beaucoup, ils voient le mensonge à l’œuvre: TOUT LE MONDE travaille dur. Mais tout le monde n'est pas rétribué justement.
Ces perspectives de carrière alternative, où on voit des empires bâtis à la force du poignet par des gens qui ont l'air "ordinaires", c'est un idéal méritocratique plus crédible que l'idéal rance proposé. C'est de l'espoir pour aller de l'avant.
2e révélation: Monétiser ses passions, sa personnalité et devenir son propre patron, c'est vu comme un échappatoire à la violence inouïe qui régit le monde du travail. Les emplois du temps qui ne laissent du temps pour rien, les cadences intenables, la violence hiérarchique.
Vision bien évidemment idéalisée car la dimension du $$ finit toujours par gangréner la passion et rendre le travail difficile parce que le capitalisme pourrit tout
Mais l'important dans cette vision idéalisée, ce n'est pas sa naïveté mais ce qu'elle exprime:

Refus d'un mode de vie articulé autour des 35h minimum pour des clopinettes. Refus d'un mode de vie, disons-le, complètement con.
Hot take: Ce n'est pas qu'ils refusent de bosser dur. Ils refusent le modèle proposé, parce qu'il est naze et leur veut du mal. Et ils ont RAISON.
Hot take: Ce n'est pas qu'ils refusent de bosser dur. Ils refusent le modèle proposé, parce qu'il est naze et leur veut du mal. Et ils ont RAISON.
Question provocatrice aux profs qui pourrissent la salle des profs 7j/7 avec ces analyses sur l'ambition des élèves, surtout aux profs jeunes mais réacs: ça vous plaît, vous, d'avoir du mal à trouver un logement parce que les agences méprisent votre petit revenu ?
Ne pas pouvoir vivre seul à 30 ans ? Avoir du mal à boucler les fins de mois ? De subir la violence et le mépris hiérarchique permanents ? D'avoir un taf qui prend tout votre temps et votre énergie à cause de ses contraintes ?
Et si ça ne vous plaît pas, est-ce que la conscience d'exercer un taf bien dur et de rentrer dans le modèle améliore votre vie ? Ou est-ce que l'idéal de bosser dur, ce serait pas un truc qu'on vous aurait aussi vendu parce que ça sert les intérêts de ceux pour qui on bosse ?

Conclusion: moins de mépris des jeunes générations, plus de remise en question
