[Blog] Commerces de proximité : en finir avec le dogme du « no parking, no business »
L'article complet : https://blogs.alternatives-economiques.fr/chassignet/2019/12/12/commerces-de-proximite-en-finir-avec-le-dogme-du-no-parking-no-business
Synthèse ici (à dérouler)

Synthèse ici (à dérouler)

Le commerce de centre-ville se porte mal : le taux de vacance commerciale (vitrines vides) est passé de 7,2% en 2012 à 11,9% en 2018
Comme l’ont montré des auteurs tels que @Olivierrazemon ou Franck Gintrand, la principale cause est la surabondance des zones commerciales en périphérie
On est passé de 500 hypermarchés en 2008 à plus de 2000 aujourd’hui
Et la progression du e-commerce s’ajoute à ce phénomène

Et la progression du e-commerce s’ajoute à ce phénomène
Il faut donc bien-sûr freiner le développement anarchique des zones commerciales périphériques, et redynamiser les centres-villes, notamment en travaillant sur le traitement de l’espace public et l’organisation de la mobilité.
La meilleure stratégie consiste-t-elle à proposer des espaces publics plus apaisés, avec plus de place aux piétons pour leur donner envie de consommer?
Ou au contraire faut-il faciliter la circulation et le stationnement automobile en espérant faire venir des clients éloignés?
Ou au contraire faut-il faciliter la circulation et le stationnement automobile en espérant faire venir des clients éloignés?
Comment se déplacent les clients des commerces de proximité?
D'après une récente étude du CEREMA, dans les grandes villes (+ de 100 000 habitants) :
64% des clients viennent à pied
24% seulement viennent en voiture
10% viennent en transport collectif
D'après une récente étude du CEREMA, dans les grandes villes (+ de 100 000 habitants) :



Et même en périphérie de ces grandes villes, près de la moitié des clients des petits et moyens commerces viennent à pied ou en transport collectif.
Source : https://www.cerema.fr/fr/centre-ressources/boutique/mobilites-transports-point-serie-fiches
Source : https://www.cerema.fr/fr/centre-ressources/boutique/mobilites-transports-point-serie-fiches
Pour ce qui est des villes « moyennes » (entre 10 000 et 100 000 habitants) :
La moitié des clients des petits et moyens commerces de la ville-centre se déplacent à pied ou en TC
C’est le cas également pour 40% des clients des petits et moyens commerces de la périphérie


En résumé : dans les grandes villes, une faible proportion de clients se rend dans les petits et moyens commerces en voiture.
Et même dans les villes moyennes et leur périphérie, la voiture est loin d’être hégémonique pour faire les achats dans ce type de commerces.
Et même dans les villes moyennes et leur périphérie, la voiture est loin d’être hégémonique pour faire les achats dans ce type de commerces.
D’où viennent ces clients?
Les achats sont effectués en grande majorité à proximité du domicile. Entre 80 et 85% des résidents consomment à proximité de chez eux. La seule exception se situe en périphérie des villes moyennes où «seulement» 66% des résidents consomment à proximité
Les achats sont effectués en grande majorité à proximité du domicile. Entre 80 et 85% des résidents consomment à proximité de chez eux. La seule exception se situe en périphérie des villes moyennes où «seulement» 66% des résidents consomment à proximité
Quand les commerçants se trompent de combat...
Plusieurs études ont montré que les commerçants ne savent pas quel est le moyen de transport utilisé par leurs clients et surestiment systématiquement l'utilisation de la voiture
Plusieurs études ont montré que les commerçants ne savent pas quel est le moyen de transport utilisé par leurs clients et surestiment systématiquement l'utilisation de la voiture
Dans cette étude menée à Bruxelles, 6 zones commerçantes ont été étudiées.
Par exemple ici (zone Goulet Louise) : les commerçants interrogés pensent que 53% de leurs clients viennent en voiture (diagramme du haut) alors que la réalité est de 11% seulement (diagramme du bas) !
Par exemple ici (zone Goulet Louise) : les commerçants interrogés pensent que 53% de leurs clients viennent en voiture (diagramme du haut) alors que la réalité est de 11% seulement (diagramme du bas) !
Sur les différentes zones enquêtées, les commerçants surestiment le poids de la voiture en moyenne de 30%, et sous-estiment le poids des transports collectifs de 15% et de la marche à pied de 15% également
Source : https://www.gracq.org/sites/default/files/enquete_commerces.pdf
Source : https://www.gracq.org/sites/default/files/enquete_commerces.pdf
Une des raisons pour lesquelles ils surestiment l'importance de la voiture dans les déplacements de leurs clients:
Ils projetteraient leur cas personnel, faisant eux-mêmes partie la catégorie socioprofessionnelle qui se déplace le moins à pied, à vélo ou en transport collectif

Il y a également un décalage entre la perception des commerçants et celle des clients sur les principaux freins au shopping en centre-ville
En 2016, la Métropole de Rouen a publié une étude sur la "marchabilité et vitalité commerciale"
…https://jeparticipe.metropole-rouen-normandie.fr/sites/default/files/2019-01/Brochure.pdf
En 2016, la Métropole de Rouen a publié une étude sur la "marchabilité et vitalité commerciale"
…https://jeparticipe.metropole-rouen-normandie.fr/sites/default/files/2019-01/Brochure.pdf
D'après les commerçants, le principal frein est le manque de stationnement.
Entre la moitié et 78% d'entre eux déclarent qu'il n'y a pas assez de stationnement et seule une minorité évoque les nuisances liées au trafic motorisé (bruit, circulation, obstacles sur trottoir...)

Du côté des clients, le discours est tout autre :
Plus de 50% évoquent la trop forte place occupée par la voiture (trop de bruit/circulation, pas assez d'espace pour marcher, trop d'obstacles sur les trottoirs)
Seule une minorité (20%) réclame plus de stationnement


En voyant ces chiffres, on peut s’étonner d’un tel décalage de la perception des commerçants par rapports aux aspirations de leurs clients.
Et si les commerçants se trompaient de combat lorsqu'ils réclament plus de facilité pour circuler en voiture et stationner ?
Et si les commerçants se trompaient de combat lorsqu'ils réclament plus de facilité pour circuler en voiture et stationner ?
D’ailleurs, même pour un automobiliste, se garer facilement mais arriver dans des rues remplies de voitures et soumises aux nuisances du trafic n’aurait que peu d’intérêt et ne lui donnerait pas spécialement envie de consommer...
Du côté des municipalités, on prête souvent une oreille attentive à ce genre de revendications et les initiatives se multiplient pour tenter de faciliter la circulation et le stationnement, ou rendre celui-ci gratuit à certaines périodes.
L’exemple le plus caricatural est peut-être celui (relaté par @OlivierRazemon dans son livre) de Mulhouse qui a ouvert à la circulation plusieurs rues piétonnes de son centre-ville entre 17h et 19h en février 2017.
L’expérience qui a duré un mois n’a pas été renouvelée.
L’expérience qui a duré un mois n’a pas été renouvelée.
Ce type d'initiatives ne fonctionne généralement pas
Et puis on ne peut pas faciliter la circulation automobile que dans un sens: de la périphérie vers le centre-ville afin d’avoir des clients supplémentaires tout en gardant captive la clientèle qui habite proche du centre-ville
Et puis on ne peut pas faciliter la circulation automobile que dans un sens: de la périphérie vers le centre-ville afin d’avoir des clients supplémentaires tout en gardant captive la clientèle qui habite proche du centre-ville
En bref, en déroulant le tapis rouge aux automobilistes de la périphérie pour les faire venir en ville, le risque est grand que ce soit les résidents du centre-ville qui utilisent ce même tapis rouge pour aller consommer dans les zones commerciales périphériques...
Pour terminer, voici quelques exemples de villes qui ont réussi à relancer leur commerce de proximité non pas en encourageant leur accessibilité en voiture mais en décourageant son usage

Madrid a mis en place des restrictions de circulation dans toute une partie de son centre-ville afin de laisser plus de place aux piétons et diminuer la pollution
L’activité commerciale a augmenté de 9,5% en à peine un an https://www.forbes.com/sites/carltonreid/2019/03/08/closing-central-madrid-to-cars-resulted-in-9-5-boost-to-retail-spending-finds-bank-analysis/#32564ec655a7

Cheltenhem en Angleterre (110 000 habitants) a fermé une partie de son centre-ville aux voitures
Depuis, le nombre de piétons et cyclistes a fortement augmenté et l’activité commerciale a progressé https://road.cc/content/news/250502-threefold-rise-cycling-cheltenham-town-centre-after-car-ban

A Toronto, une piste cyclable a remplacé une bande de stationnement automobile sur 2,4 km, retirant au passage 136 places de stationnement
Il a été mesure une augmentation du nombre de clients ainsi que du panier moyen https://medium.com/sidewalk-talk/the-latest-evidence-that-bike-lanes-are-good-for-business-f3a99cda9b80

Strasbourg est première au classement Procos (Fédération représentative du commerce spécialisé) des centres-villes marchands les plus dynamiques… et c’est également la Métropole de province ou l’utilisation de la voiture est la plus faible http://www.courrierdesmaires.fr/67541/strasbourg-un-centre-ville-dynamique-car-apaise/
Arras (40 000 habitants) a piétonnisé une des 2 places de son centre-ville
Les commerçants étaient inquiets au départ mais ont constaté depuis une forte augmentation de la fréquentation https://twitter.com/F3nord/status/1120963438057000960

Pontevedra en Espagne (80 000 habitants) a fermé tout son centre-ville sur 300 000 m² en 1999.
Cette politique a complètement redynamisé le centre-ville. La ville qui était en déclin a regagné 10 000 habitants depuis https://www.francetvinfo.fr/sante/environnement-et-sante/espagne-pontevedra-la-ville-ou-le-pieton-est-roi_3200883.html

Et le maire a ensuite été réélu 3 fois et a même été élu meilleur maire d’Espagne en 2013. A quelques mois des #municipales2020, espérons que cette information ne passe pas inaperçue…
Liens vers l'article complet : Commerces de proximité : en finir avec le dogme du « no parking, no business »
https://blogs.alternatives-economiques.fr/chassignet/2019/12/12/commerces-de-proximite-en-finir-avec-le-dogme-du-no-parking-no-business
